10 un arbre raconte
Un jeune arbre arrive dans une serre et raconte sa vie d'avant
LE PLAN DE LILAS
« Avant d’être planté au jardin, jeune plan de lilas, j’avais été déposé dans un rayon jardinerie où je n’étais pas du tout à ma place, perdu parmi des plantes exotiques destinées à devenir superbes. Il y avait là des mini palmiers, des yuccas, des sansevierias et d’autres dont j’ai oublié le nom qui exigeaient peu d’eau. Alors, la vendeuse de ce rayon, chargée de leur entretien, arrosait en toute parcimonie. C’est bien simple, quand arrivait mon tour, j’avais les dernières gouttes de l’arrosoir.
Ma terre commençait à se dessécher, mes premières feuilles à se ternir, quand une femme d’une soixantaine d’années qui avait l’air d’aimer les plantes et les fleurs se pencha sur moi. Elle avait compris ma détresse et se voyait déjà respirant mes futures jolies grappes.
N’étant pas encore trop envahissant, elle me cala soigneusement entre ses courses alimentaires. En arrivant chez elle, elle me rangea dans sa serre, près des bulbes de jacinthes, de jonquilles, de tulipes qu’elle avait l’intention de planter dès les premiers jours de l’automne.
Moi, elle me fit attendre jusqu’à la Saine Catherine, puisqu’à « la Sainte Catherine, tout bois prend racine ». En effet, à la mi novembre, je vis arriver une de ses amies, une Catherine précisément, avec force pelle et outils de jardinage.
Et pour que je puisse avoir mes aises et prendre racine , elle creusa un large trou, me déposa à l’intérieur, tassa bien la terre qu’elle amenda avec un bon terreau ; pour la « plomber », (c’est la méthode), je reçus plusieurs arrosoirs remplis d’eau et j’ai bu comme jamais !
Aujourd’hui, depuis trois ans, je suis un jeune lilas double, de couleur pourpre, très vigoureux. Je voisine en bonne compagnie, près des bouffées d’hortensias, dans les parterres. Mes grappes s’épanouissent, s’alanguissent sur leur tige ou dans un vase laissant exhaler, dans l’air, un parfum suave et tenace dès la mi avril.
J. Libert
Le vent avait soufflé très fort et ma mère avait perdu sa graine ; Vous savez celle dont on parle aux enfants ; et je suis tombé à terre ; je pensais que c’était la chance de ma vie.
C’est ainsi que j’ai grandi dans ce pays ou le soleil brille à longueur d’année. A adolescence, j’ai commencé à fleurir. Les colibris aux mille couleurs venaient se nourrir dans mes corolles. Des lézards verts me chatouillaient en parcourant mes branches. La nuit, j’étais au concert, c’était gratuit et tellement mélodieux. Comme j’aurai voulu pouvoir chanter comme ce peuple de la forêt mais chacun son rôle me murmurait le vent dans ma jeune ramure.
Puis un jour, des pépiniéristes sont arrivés. Ils m'ont mesuré, secoué, pour voir si j’étais solide. Je leur ai plu et c’est à ce moment que ma vie a basculé. Avec leurs pelles, ils ont creusé une tranchée autour de moi, coupant mes radicelles sous les yeux de ma mère. Ils n'ont pas entendu mes cris, nous ne parlons pas la même langue et ils m'ont emporté, m’ont enfermé dans un grand sac et j’ai pris l’avion. Ils avaient beau vaporiser mes feuille, je ne respirais plus et j’avais si froid bien que je sois entouré d’autres congénères. J’ai cru être sauvé lorsque j’ai ressenti de la chaleur, c’était bizarre dans ce pays froid. C’est alors que j’ai compris que j’étais enfermé dans une cage de verre, une serre dit-on ? Certes j’allais être admiré, photographié, mais mes amis de la forêt étaient absents. Je ne reconnaissais plus les odeurs de mon pays natal, j’étais déraciné et pour la vie. Cela revenait toujours à mon esprit, j’avais beau essayer d’oublier, mais rien à faire, ma jeunesse était ancrée en moi, tout était compliqué. Allais-je survivre?
Marie N
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